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08/01/2013

Et si le ciel nous tombait sur la tête

Reporters_f0027876.jpgL'astéroide Apophis 99942 est passé à quelques 15 millions de kilomètres de la Terre ce 9 janvier. Un dernier passage avant qu'il ne nous frôle en 2029. Pour les astronomes ce fut l'occasion de prendre quelques informations à propos de ce gros caillou qui pourrait heurter la Terre en 2036. Si pour ce coup-ci la probabilité d'un impact est tout de même très faible, la communauté scientifique en est sûre, un jour, un géocroiseur terminera sa course folle en heurtant notre belle planète bleue.

Pour en savoir plus sur la surveillance du ciel, les risques et les solutions, l'Espace des Sciences a interrogé Michael de Becker du département d'Astrophysique de l'ULg.


 Par quel(s) moyen(s) les chercheurs parviennent-ils à prédire la trajectoire des astéroïdes ?

 Les astéroïdes sont détectés grâce à des télescopes majoritairement au sol qui fonctionnent avec la lumière visible. Ce ne sont pas des télescopes qui scrutent les lumières exotiques. Disons que les astéroïdes ne demandent pas de moyens très performants car ce sont des objets peu lointains à l'échelle astronomique. Dans la majorité des cas, les télescopes d'un mètre de diamètre suffisent amplement pour ce genre d'observation.

 

 Qui surveille le ciel ?

 Il existe des réseaux de surveillance, dont certains sont chapeautés par des universités américaines, européennes ou russes, d'autres sont le fruit d'organisations gouvernementales (Ex: Nasa) ou internationales (ex : Esa). Ils mettent en œuvre des moyens pour le suivi d'objets susceptibles d'approcher la Terre. On parle de géocroiseurs.

  Étant donné que les moyens nécessaires pour leur suivi ne sont pas extrêmement évolués, des groupes d'astronomes amateurs peuvent également contribuer à cette surveillance du ciel. Des astéroïdes ont d'ailleurs déjà été détectés par ces derniers. Souvent, les professionnels et les amateurs sont en collaboration. Toutes les instances, quelles qu'elles soient, communiquent en permanence si bien que l'on a tout un réseau de surveillance. 

 

 Existe-t-il des inconnus qui peuvent interférer dans la trajectoire d'un géocroiseur ?

 Oui et c'est pour cela que les astéroïdes ne sont pas observés en vue d'établir une trajectoire définitive mais suivis. On les observe ainsi à plusieurs reprises. Si en cours de route ils croisent un autre objet qui perturbe sa trajectoire, une correction est apportée.

 Il existe des centres de calculs qui collectent toutes les informations provenant des observations. Ceux-ci recalculent régulièrement les trajectoires en vue de les affiner. Le but est de s'assurer que les menaces potentielles ne se concrétisent pas.

 Exemples:

 

  • Le système Sentry (Nasa) calcule de manière tout à fait publique une liste d’astéroïdes qui sont scrutés à l'heure actuelle et qui, une fois les corrections effectuées, sortent de la liste des objets observés prioritairement. Ils sont tout de même réobservés occasionnellement afin de détecter une éventuelle modification de trajectoire.

  • Chapeauté par l'université de Pise, Neodys  est un système européen.

Ils fonctionnent tout deux de manière indépendante tout en se concertant pour vérification.

 

L'échelle de Turin  catégorise les risques d'impact d'astéroides avec notre planète. A l'heure actuelle, des astéroïdes sont-ils à un niveau non nul ?

Actuellement, un astéroïde (2007 vk184) est au niveau 1 de Turin mais il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Si les risques se concrétisaient, ils se situeraient entre 2046 et 2057, ce qui montre bien que le réseau actuel est capable de prévenir ce genre de menace plusieurs décennies à l'avance.

Quel est le niveau le plus élevé atteint par un géocroiseur ?

L’astéroïde Apophis a été un temps au niveau 4. Il est depuis redescendu au niveau 0.

Tout risque a été écarté pour 2029 mais le niveau pourrait-il être rehaussé pour son second passage en 2036 ?

Il faut savoir que le fait de passer à proximité de la Terre va perturber la trajectoire d'Apophis. Donc l'évaluation d'un impact en 2036 ne pourra être affinée qu'après son passage de 2029 ou peut-être un peu avant.

Des calculs ont montré que selon le passage exact d'Apophis à proximité de la Terre, il existe ce que dans le jargon on appelle un « trou de serrure spatial », c'est-à-dire un tout petit trou d'une centaine de kilomètres (petit à l'échelle astronomique) dans lequel pourrait passer la trajectoire du géocroiseur. Si Apophis venait à s'y glisser, il existerait en effet un risque non négligeable en 2036.

A quelle fréquence un astéroïde de la taille d'Apophis, soit 250 mètres environ, tombe-t-il sur la Terre ?

Ce sont des événements rares pour une raison simple : les astéroïdes de taille non négligeable comme Apophis, voire plus grands, sont nettement moins nombreux que ceux de plus petites tailles. Il y a donc peu de candidats à l'impact. A ma connaissance, le dernier astéroïde d'importance a être tombé sur Terre faisait de l'ordre de 50 mètres de diamètre (Tunguska, 1908 ).

Si on regarde a de très longues échéances, une bonne partie de la communauté scientifique est d'accord pour dire qu'un impact avec un astéroïde de taille respectable comme Apophis arrivera. Mais ce sera peut-être dans 1000 ans ou 10.000 ans, c'est difficile à dire. La prévision à très longue échéance est impossible.

Imaginons qu'un astéroïde nous menace, peut-être Apophis en 2036. Aujourd'hui, serions-nous prêts à faire face ?

Même si on ne peut pas chiffrer la probabilité d'un impact d'une manière précise, c'est une menace concrète. La communauté scientifique étudie donc la question et de sérieuses solutions sont à l'étude. On peut les décliner en 3 volets :

  • La destruction

 Elle est d'emblée écartée parce que la seule source de destruction dont on dispose à l'heure actuelle est la bombe nucléaire. Pour faire exploser un astéroïde il faut une charge colossale. Si jamais il y a un problème dans le lancement et que ça explose dans l'atmosphère ...

 Et même si nous parvenions à faire exploser une parti de l’astéroïde, il y a un risque énorme qu'il soit fragmenté créant une multiplication d'impacts.

  Parmi les solutions les plus sérieuses il y a donc... 

  • La déviation

 Influencer la trajectoire pour qu'elle n'intersecte plus l'orbite terrestre. 

  • Le retard/Délai

 Il s'agit ici, comme son nom l'indique, de ralentir l’astéroïde afin qu'il croise l'orbite terrestre une fois que lq Terre est déjà passée.

Voir à ce propos: Un bouclier antiastéroides pour protéger la Terre.

 La mise en œuvre de ce genre de solution (à partir de la conception, du lancement et le voyage jusqu'à l’astéroïde, et déploiement de la solution et son action à long terme) peut prendre une trentaine d'années. Donc il faut bien se rendre compte que les solutions les plus douces doivent être mises en œuvre suffisamment tôt.

 Si on était pris de court (exemple : Apophis qui menace la Terre en 2036) , il faudrait quelque chose de plus radical du style d'une sonde qui déploierait une poussée très forte sur l’astéroïde pour le dévier de sa trajectoire.

 

Au vu des nombreux objets qui croisent l'orbite terrestre, les moyens mis en œuvre pour surveiller les géocroiseurs et se préserver d'un impact sont-ils, selon vous, suffisants ?

 Le réseau de surveillance du ciel est très dense, redondant et de plus en plus performant. Mais, surtout, il y a une communication qui tend à s’accroître entre les différentes instances qui se chargent de la surveillance. Donc au niveau de la prévention, les astéroïdes pouvant se révéler dangereux ont de fortes chances d'être recensés de manière complète. Par contre, plus on va dans les petites tailles, moins le recensement est complet.

 

La performance grandissante du réseau de surveillance pourrait-il venir d'une prise de conscience quant au danger potentiel que représentent les géocroiseurs ?

 Non, je dirais que la prise de conscience n'est pas nécessaire. L'évolution des moyens pour la surveillance du ciel suit celle mise en œuvre pour l'observation et l'étude astronomique. Et d'ailleurs, c'est plutôt l'observation du ciel qui a permis de se rendre compte que des objets risquaient de nous tomber dessus un jour ou l'autre. En conséquence de quoi on s'est organisé pour les surveiller et cela est devenu un sujet d'étude à part entière.

Interview réalisée par Leslie Berdelou

Vue d'artiste d'un astéroide: Reporters

Plus d'informations: Relisez l'interview de Thierry Pauwels, astronome à l’Observatoire de Belgique et découvreur d’astéroïdes.

Pour voir passer Apophis jeudi à 1h du matin heure belge: http://events.slooh.com/


 

18:44 Publié dans Astronomie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | Pin it! |

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