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08/11/2012

[Opinion] DebriSat, le kamikaze

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L’espace devient de plus en plus peuplé en débris. Ceux-ci présentent une menace constante pour les satellites opérationnels, et mettent ainsi en péril la durabilité de l’exploration spatiale. Des solutions de nettoyage sont proposées, mais il faut également comprendre d’où ils viennent. Pour cela, il y a DebriSat.

 L’armée américaine dénombre 21.000 objets de plus de 10 centimètres en orbite autour de la Terre. De ce chiffre énorme, seulement un peu plus d’un millier sont des satellites opérationnels. Il est bien entendu difficile d’obtenir un chiffre précis, puisque certains de ces objets sont des satellites militaires, mais cela permet d’avoir une idée du nombre aberrant de débris spatiaux ; aux environs de 20.000. Et ce n’est pas tout...


Bien qu’il soit impossible d’observer depuis la Terre les objets de moins de 10 centimètres, les spécialistes estiment leur nombre aux alentours de 500.000 pour ceux de 1 à 10 centimètres, et plusieurs millions pour ceux de moins de 1 centimètre. Une situation intenable.

 D’où viennent tout ces débris ? Le vrai danger, c’est la fragmentation des satellites suite à une collision ou une explosion. Car quand un objet explose dans l’espace, ce sont des milliers d’autres petits objets qui sont créés, chacun d’eux constituant une menace aussi grande que le premier (voir à ce sujet l’actualité du 25 octobre). Un cercle vicieux est rapidement entamé. Fort heureusement, les partenaires impliqués dans l’exploration spatiale sont conscients de ce problème, et décidés à changer les choses. Les initiatives se multiplient : des dizaines de start-up proposent des systèmes – parfois farfelus – de désorbitation, les concepteurs de satellites essayent d’allonger leur temps d’opération et de limiter le risque d’explosion, etc. Parmi ces initiatives, il en est une qui est particulièrement originale : DebriSat.

 DebriSat, c’est le fruit d’un projet conjoint entre la NASA, le Département de la Défense américain, et l’Université de Floride. Il s’agit d’un satellite d’une cinquantaine de kilos qui se présente sous la forme d’une boite de 50 centimètres de côté. Il sera fabriqué avec des composants et des matériaux présents sur les satellites modernes, et testé selon les procédures les plus standards. Sauf qu’au bout du compte il ne sera pas envoyé dans l’espace, mais sera détruit dans une formidable explosion. Au nom de la science, bien sûr, puisqu’il s’agit d’étudier l’effet d’une collision dans l’espace.

 Aux alentours de janvier 2014, lorsqu’il sera fin prêt, DebriSat sera envoyé vers un laboratoire de l’Air Force. Là, il subira un impact avec une sphère d’aluminium de 5 centimètres de diamètre projetée vers lui à 7 km/s. Une vitesse incroyable, mais qui n’a pas été choisie au hasard. C’est en effet la vitesse à laquelle évoluent les satellites sur les orbites les plus peuplées en débris. L’énergie dégagée par le choc sera équivalente à celle provoquée par l’explosion de 3,8 tonnes de dynamite. Vous avez bien lu : 3,8 tonnes. Un chiffre qui met en relief le danger des collisions en orbite.

  Après l’impact, les débris seront soigneusement collectés et caractérisés : leur taille, leur forme, ainsi que la partie dont ils proviennent. Un travail de bénédictin qui devrait prendre près d’un an. A l’aide de tous ces paramètres, les chercheurs pourront parfaire les modèles décrivant les collisions entre objets dans l’espace. Ces modèles permettront ensuite de prédire le nombre et la position des fragments d’explosion les plus petits, invisibles aux radars, ainsi que de construire des satellites plus robustes.

 Au-delà de toutes ces considérations, DebriSat est également la preuve qu’être chercheur c’est aussi pouvoir provoquer d’énormes explosions au nom du progrès et de notre sécurité à tous. Un métier pas comme les autres…

 Explications et opinion de Guerric de Crombrugghe,

Ingénieur de recherche sur les développements de véhicules spatiaux à l’Institut von Karman.

 

 Pour en savoir plus :

  Le très complet site web du CNES sur les débris spatiaux :

 http://debris-spatiaux.cnes.fr/

 

 Une vidéo sur des concepts de « chasseur de débris », également du CNES :

 
Chasseur de débris spatiaux - JDE Juillet 2010 par CNES

 

Une présentation de DebriSat (en anglais) :

 http://ntrs.nasa.gov/archive/nasa/casi.ntrs.nasa.gov/20120003214_2012003355.pdf

 

11:30 Publié dans Instruments, Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | Pin it! |

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