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26/10/2012

[Opinion] L'ISS : une exceptionnelle plateforme scientifique

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Visite guidée à bord de la Station Spatiale Internationale


 Dès les balbutiements de l’exploration spatiale, l’idée d’un laboratoire en orbite autour de la Terre a séduit les scientifiques. Les expériences y bénéficieraient de deux conditions inédites : la microgravité, et l’environnement spatial – c’est-à-dire le vide, l’absence d’atmosphère, et une exposition plus grande aux radiations cosmiques. Après quelques essais nationaux, comme MIR ou Spacelab, plusieurs gouvernements se sont mis d’accord sur un projet de plus grande ampleur. Le rêve prit forme avec le temps, jusqu’à devenir la Station Spatiale Internationale que l’on connaît. Depuis l’an 2000, elle est habitée en permanence par des équipages d’astronautes. Depuis 12 ans – et donc également en ce moment – des êtres humains comme vous et moi habitent un laboratoire perché à 400 km de haut et fonçant à travers le vide de l’espace plus de 7,5 km/s. Bienvenue dans le futur.

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Mais concrètement, quel type d'expériences y sont réalisées ? Voici trois exemples.

Un premier exemple concerne la pharmacologie. L’analyse des protéines est importante pour développer de nouveaux médicaments, et caractériser les enveloppes qui protègent les virus afin de mieux les combattre. Une méthode populaire pour effectuer ces analyses requiert de cristalliser les protéines. Plus les cristaux sont grands, meilleures sont les résultats. Malheureusement, passé une certaine taille ils ont tendance à se déchirer sous leur propre poids. Sauf en microgravité, où les chercheurs peuvent obtenir des cristaux plus grand et plus purs que ceux obtenus sur Terre. Il y a donc à bord du module européen de la station une installation pour la cristallisation et la caractérisation des protéines, dont Frank De Winne a d’ailleurs été l’opérateur.

 Autre exemple : l’observatoire de surveillance solaire, installé à l’extérieur du module européen. Celui-ci sert principalement à mesurer la quantité d’énergie que nous recevons du Soleil. Il s’agit d’une donnée indispensable pour améliorer les modèles atmosphériques et climatologiques afin, entre autre, de parfaire les prévisions météorologiques. Aussi, cela nous permet de mieux connaître notre étoile. L’observatoire de surveillance solaire ne profite donc pas d’être en microgravité mais bien d’être au-dessus de l’atmosphère, qui empêche les observatoires terrestres d’obtenir ce genre de mesure. Nous pouvons par ailleurs en être fiers, puisqu’il est contrôlé depuis l’Institut d’Aéronomie Spatiale à Uccle.

  Finalement, en dernier exemple citons les diagnostics par ultrason. Les astronautes n’ayant qu’une formation limitée en sciences médicales, les diagnostics sont réalisés par des médecins au sol. Il va de soit qu’il n’est pas question d’effectuer une radio dans un environnement déjà soumis à une plus forte dose de radiation que sur Terre. Dès lors, de nouvelles techniques ont dû être développées. Parmi elles, le diagnostic par ultrason s’est avéré particulièrement efficace et facile à utiliser. Le succès est tel qu’un outil basé sur le diagnostic par ultrason est déjà en cours de commercialisation en Amérique du Nord. De nombreuses autres techniques de télé-médecine sont mises au point pour les astronautes et trouvent très vite leur application sur Terre, dans les zones moins favorisées ou fortement isolées. Il en va de même pour la médecine non intrusive ; pas question de commencer une chirurgie dans l’espace, il faut donc trouver d’autres moyens de soigner. Moyens qui auront toujours une application sur Terre, tant qu’ils peuvent éviter aux patients une opération plus lourde.

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Ces trois exemples, pris parmi des centaines d’autres, illustrent bien l’importance des recherches effectuées à bord de la Station. D’aucuns pourraient néanmoins s’interroger sur les coûts impliqués dans une pareille aventure. Faisons un rapide calcul. Cette année, la Belgique participe à hauteur de 170 millions d’euros au budget de l’Agence Spatiale Européenne, soit un peu plus de 15 euros par Belge. A peu près 10% du budget total de l’Agence est consacré au programme de vols habités, qui lui-même concerne principalement la Station Spatiale Internationale. En raccourcissant, nous pouvons donc imaginer que chaque Belge – dont vous et moi – a dépensé cette année 1,5 euros pour la Station. Le calcul est simplifié, mais il donne un ordre de grandeur. Pas grand chose, donc.

 Clôturons ce survol des activités scientifiques à bord de la Station avec une bonne nouvelle : vous pouvez l’observer à l’œil nu ! De nombreux sites web vous donneront les éphémérides de son passage dans votre ciel. Quand vous verrez ce petit point lumineux foncer à toute allure entre les étoiles, n’oubliez pas de saluer les six astronautes qui sont à son bord.

 

Opinion de Guerric de Crombrugghe,

Ingénieur de recherche sur les développements de véhicules spatiaux à l’Institut von Karman.

 

Vidéos :

 

  • une série de question réponse avec Frank De Winne :

 

 

  • une courte vidéo sur la science à bord de l’ISS :

 

 

 Les prochains passages de l’ISS les plus visible:

 http://www.heavens-above.com/ :

 

  • le 27 octobre de 20:47:21 à 20:50:08 de l’Ouest au Sud-Sud-Ouest ;

  • le 12 novembre de 06:32:44 à 06:34:54 du Sud-Sud-Est à l’Est-Sud-Est.

Images: Reporters

 

15:33 Publié dans Instruments, Observatoires, Opinion | Tags : iss, nasa, espace, spatial | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | Pin it! |

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