Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

12/09/2012

Des Sentinels pour surveiller la Terre

Les satellites Sentinels sont destinés à remplacer de défunt Envisat dans le cadre du programme GMES. Leur lancement est plus urgent que jamais.Sentinels, Envisat, GMES, satellite

L’Europe mise sur les missions satellitaires pour soigner la Terre de ses maux. Pollution, changement climatique, sécurité civile sont les principales préoccupations des instigateurs du programme de surveillance mondiale de l’environnement et de la sécurité (GMES). L’Union européenne et l’Agence spatiale européenne (ESA) ont lancé cette initiative comme une réponse à un besoin vital, celui de mieux appréhender les mécanismes environnementaux et climatiques. L’Europe est donc en train de se doter d’une capacité de surveillance de notre planète à des échelles locales, régionales, nationales, voire mondiales, via des observations au sol mais surtout spatiales.


Mer, terre et atmosphère seront passées au peigne fin. L’objectif est de fournir en continu des données relatives à de nombreux domaines, dont l’environnement et la sécurité, aux utilisateurs du programme GMES. Parmi eux, on compte des dirigeants et des services de surveillance, en passant par les agences environnementales, mais également les citoyens eux-mêmes. Et quoi de mieux que de prendre de la hauteur pour mieux observer notre planète ? "Très souvent, les données spatiales sont complémentaires avec les données acquises au sol. Les deux composantes sont donc aussi importantes l’une que l’autre pour la validation finale du produit. La composante spatiale permet par exemple d’aller au-delà des frontières nationales, tandis qu’avec les infrastructures au sol, nous pouvons vérifier directement sur le terrain" , explique Simonetta Cheli, chef de cabinet du directeur des programmes d’observation de la Terre à l’ESA.

La composante spatiale de GMES, coordonnée par l’ESA, comprend deux types de missions satellitaires : une série de cinq missions Sentinels, ainsi que des missions d’agences spatiales nationales, dites participantes, toutes aussi importantes. "L’idée est d’avoir un système d’architecture spatiale intégré , assure Simonetta Cheli. Des missions nationales fournissent déjà une foule de données pour les services GMES, et continueront à le faire après que les Sentinels auront été mis en orbite. Les programmes précédents avaient davantage une valeur de recherche. Néanmoins, ils ont permis de définir des services préopérationnels. Nous avons ainsi pu démontrer aux utilisateurs ce que cela leur apportera." Les différentes missions seront complémentaires et permettront aussi bien de vérifier les données que de prendre le relais en cas de panne d’un des satellites.

Conçue spécifiquement pour les besoins du programme, la famille des Sentinels est actuellement en cours de développement. Chaque mission sera composée d’une constellation d’au moins deux satellites et aura ses propres objectifs. Sentinel-1 sera doté d’une imagerie radar permettant de fournir 24 heures sur 24 des données sur les océans et les terres émergées. Celles-ci seront scrutées également par Sentinel-2 grâce à son imagerie optique à haute résolution. Sentinel-3 sera pour sa part équipé d’un ensemble d’instruments d’altimétrie lui permettant notamment de mesurer la profondeur des océans et l’épaisseur des glaces. Les Sentinels 4 et 5 seront, quant à eux, focalisés sur la composition de l’atmosphère. Cette série de nouveaux instruments est bien plus complète que son prédécesseur. Les données du satellite géant Envisat, construit à l’origine pour la recherche scientifique, avaient finalement servi à de nombreux services.

A l’heure actuelle, les scientifiques s’inquiètent. En raison des difficultés budgétaires des agences spatiales, aussi bien européennes qu’américaines, les programmes d’observation de la Terre par satellites ne parviennent pas à assurer une continuité dans leurs mesures. La fin de la mission Envisat, annoncée le 8 mai dernier par l’ESA, en est la preuve la plus marquante. "Nous n’avons plus de satellite pour fournir les données à nos utilisateurs. Il est donc très urgent de lancer le premier des Sentinels" , confie Simonetta Cheli.

"C’est le grand enjeu de GMES. Tout comme nous voulons une continuité dans l’approvisionnement en électricité, il en est de même pour les données sur l’état de la Terre. Il faut arrêter de parler de mission comme on le fait dans l’aérospatial, mais il faut parler d’infrastructure et anticiper la mise hors-service des satellites. On a besoin de qualité et de service 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7" , explique Pierre-Alain Schieb, chef des projets sur l’avenir à l’OCDE. Cependant, pour assurer cette continuité nécessaire, les financements doivent suivre. Et c’est d’ailleurs la grosse épine dans le pied de GMES, mais malgré cela, l’ESA compte lancer Sentinel-1 d’ici à la fin de 2013. Argent ou pas, rien ne semble arrêter les scientifiques.

Leslie Berdelou

Envoyée spéciale à Copenhague


Image: ESA

Les commentaires sont fermés.