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06/09/2012

La Terre et ses lunes passagères

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Une étude montre que la Terre piégerait de petits astéroïdes dans son orbite. C’est une chance pour les scientifiques qui espèrent étudier ces cailloux de près.

C’est un petit pas pour un homme, mais un bond de géant pour l’humanité.” Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong est le premier homme à poser le pied sur la Lune. On était loin de s’imaginer que l’astre qui nous éclaire presque chaque soir n’est pas seul à orbiter autour de la Terre. Dans une étude menée par un trio d’astronomes et publiée en décembre dernier sur Arxiv, on apprend en effet que notre planète emprisonne régulièrement de petits astéroïdes avant que ceux-ci ne soient finalement relâchés sous l’attraction de la Lune et du Soleil.


Ces “orbiteurs temporairement capturés” (OTC) sont en fait des astéroïdes orbitant autour du Soleil mais qui, à un moment donné de leur parcours, passent si près de notre planète qu’ils sont happés par son champ gravitationnel. Après quelques mois, voire quelques années, ils finissent par regagner leur liberté. Jérémie Vaubaillon, l’un des chercheurs à l’origine de l’étude sur les OTC, affirme qu’on peut les considérer comme des satellites naturels de la Terre, même si cela n’est que provisoire. Entre dans cette catégorie “n’importe quel objet céleste dont l’orbite, autour de la Terre, se referme, et cela peu importe sa taille”. Il précise également que les objets dont il est question ici ne mesurent guère plus de quelques mètres. Le chercheur français et ces deux collègues se sont intéressés à la fréquence de ce phénomène, compte tenu de l’influence des astres massifs du système solaire sur ces corps plus petits. La conclusion de leur travail, mené grâce au supercalculateur français Jade, est surprenante. “Statistiquement, la Terre a en moyenne toujours un autre satellite naturel en plus de la Lune, affirme l’astronome, avant de préciser que parfois, il peut y en avoir deux en même temps et d’autres fois aucun”.

A ce jour, seul un représentant de ces “orbiteurs temporairement capturés” a été détecté. Il s’agit de 2006 RH120, découvert le 14 septembre 2006 par un des télescopes du Catalina Sky Survey dans l’Arizona. Après avoir accompagné la Terre pendant plusieurs mois, ce caillou de cinq mètres de diamètre est retourné sur une orbite héliocentrique en 2007. Aujourd’hui, les scientifiques savent donc que 2006 RH120 n’était pas un cas isolé, mais la petite taille et la grande vitesse de ces objets célestes les rendent difficiles à détecter, ce qui explique que leur population soit si méconnue.

Un tel phénomène est une chance pour les astronomes qui, depuis longtemps, rêvent d’étudier ces gros cailloux de plus près. De nombreuses sondes ont déjà rendu visite à des astéroïdes, mais la Nasa songe de plus en plus à envoyer une mission habitée sur un géocroiseur. Cependant, ce genre de mission n’est pas sans risque pour les astronautes. “Dès qu’on s’éloigne trop de la Terre, on sort de la protection du champ magnétique terrestre, ce qui soumet le corps à énormément de particules qui proviennent du Soleil et de l’Univers en général”, explique Jérémie Vaubaillon. Un “orbiteur temporairement capturé” semble donc plus facile d’accès que les autres bolides qui continuent leur chemin autour du Soleil sans jamais se laisser prendre. “Si on arrive à détecter un astéroïde autour de la Terre, on n’aura plus besoin de sortir de la protection magnétique de celle-ci, il suffira d’‘aller le chercher”, se réjouit-il, conscient tout de même qu’il faudra encore un certain nombre d’années avant que cela ne soit réalisable.

L’engouement pour les astéroïdes n’a cessé de croître ces dernières années, et pour cause : ils renfermeraient des secrets sur la formation de notre système solaire et peut-être même sur la vie. “Certains astéroïdes contiennent des chondres dans lesquelles on retrouve des éléments de ce que l’on appelle la nébuleuse primitive, c’est-à-dire le grand disque dans lequel notre système solaire a vu le jour”, affirme l’astronome. Plus intéressant encore, les scientifiques ont découvert des molécules complexes dans des météorites retrouvées sur Terre. La question est donc de savoir “si la vie est apparue rien qu’avec la physico-chimie de la planète ou si des astéroïdes, beaucoup plus nombreux au début du système solaire, y sont pour quelque chose”.

Les météorites tombées sur Terre représentent une mine d’informations bien qu’elles ne soient qu’une infime partie d’astéroïdes plus gros. Force est donc de constater qu’un caillou intact sera bien plus riche. On comprend dès lors l’enthousiasme croissant des scientifiques à leur égard. Cet engouement se traduira peut-être d’ici quelques dizaines d’années par un autre “premier pas”, celui d’un homme, sur un astéroïde.

 

Leslie Berdelou

20:04 Publié dans Astronomie | Tags : lune, asteroide, terre | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | Pin it! |

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